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Témoignage Minijem mère d’un hikikomori en stade avancé.

J’avais promis de témoigner de notre enfer j’ai un fils de 29 ans qui est hikikomori depuis 11 ans. Ce texte est très long et je ne sais pas si beaucoup d’entres vous le liront.

C’est arrivé très insidieusement c’est une très longue histoire.

Je suis moi-même atteinte d’attaques de panique avec une sensation de mort imminente. Depuis très très longtemps. En 1987 j’ai fait une embolie pulmonaire j’ai été arrêtée pendant un an au moment de reprendre je me suis retrouvée enceinte et du coup le médecin m’a dit non vous ne pouvez pas reprendre.
En 1988 j’ai eu une petite fille. Mais j’avais déjà un garçon né en 1979 d’une première union. En 1990 j’ai été enceinte de mon fils « Q. » j’ai pris un congé parental, Q. qui est hikikomori aujourd’hui était un enfant calme très introverti.
Quand il a eu deux ans et demi ma chef (qui était médecin) m’a proposé un poste à mi-temps sur ma Commune d’habitation.
A l’époque je conduisais encore mais plus cela allait plus c’était difficile.
Alors je me suis mise à boire je marchais au bourbon coca. Dès que je rentrais du boulot je buvais plusieurs verres je n’étais pas ivre morte mais j’étais constamment dans un état second.
Puis les attaques de mort imminente me minaient je n’arrivais plus à aller travailler. Par contre je n’arrivais pas à rester seule à la maison j’étais terrorisée.
Je me mettais en arrêt maladie et je demandais à chacun de mes enfants qu’il y en ai au moins un qui n’aille pas en cours car j’étais incapable de rester seule. Il me fallait quelqu’un à proximité.

Je ne fréquentais plus nos amis je n’étais bien que chez moi je m’enfonçais mon mari commençait à en avoir vraiment marre.
En 2008 la mère de mon mari m’appelle en me disant qu’elle avait une douleur au niveau du cœur.
J’aurais du y aller tout de suite mais j’en étais incapable j’ai appelé mon mari en sortant du travail il est passé prendre sa mère et l’a emmené chez un médecin généraliste qui a dit que ce n’étais rien.
Si j’avais été là je l’aurais d’emblée accompagnée aux urgences cardiaques. Le lendemain la gardienne de ma belle-mère nous appelle elle ne l’avait pas vu sortir son chien elle ne répondait pas au téléphone ni à la sonnette elle a appelé les pompiers qui l’ont retrouvé morte d’une crise cardiaque sur ses toilettes..

Je m’en suis voulu j’étais très culpabilisée. J’avais déjà plusieurs années auparavant pris un rendez-vous avec une psychiatre cela n’avait pas accroché puis j’ai tenté l’hypnose mais cela ne fonctionnait pas pour moi et c’étaient mes enfants qui « trinquaient ».

Le 19 mai 2008 j’ai pris rendez-vous chez un autre psychiatre et j’ai décidé que je ne boirais plus une goutte d’alcool.
J’ai été placée sous antidépresseurs j’ai effectivement totalement arrêté de boire.
J’ai de nouveau été arrêtée en congé longue maladie. J’adorais mes enfants mais je leur ai fait vivre un calvaire.

Ma fille m’a alors dit que son demi-frère aîné attendais que je m’écroule après avoir bu il venait la chercher dans sa chambre et commettait des abus sexuels. En lui disant bien entendu de ne pas nous en parler.
La t’il fais aussi sur Q. je n’en sais rien. J’ai lui ai posé la question il m’a dit non. Q. était un bon élève.
Et il était en bac pro Électronique.
Il a complètement foiré sa terminale et ses enfoirés de l’éducation nationale ont décidé qu’il ne redoublerait pas et ne l’ont pas repris au lycée. Je précise que Q. enfant était très petit pour son âge et très mince je suppose qu’il était malmené par les enfants de son âge sa sœur venait souvent à son secours quand il se faisait embêter.

Puis il a grandis d’un seul coup et fait presque 1m80. Je suis allée avec son père et lui au CIO pour lui trouver une école mais ils n’ont trouvé aucun établissement pour l’accueillir. Nous l’avons donc inscrit à l’ONISEP pour qu’il ai des cours à domicile.
Et là il a continué à s’enfoncer il restait enfermé dans sa chambre.
Je pensais qu’il étudiait en fait c’était déjà terminé il recevait les cours mais passait son temps sur les jeux vidéos. Il avait 19 ans. Il venait quand même manger avec nous. Les cours à distance n’ont servi à rien.
Donc on lui a demandé de se reprendre car il est très intelligent et nous lui avons proposé une année à se reprendre et de se présenter au bac en candidat libre. Il s’est renfermé sur lui même et je l’entendais jouer du piano électrique de la guitare en autodidacte il n’a jamais pris de cours.

Arrive le bac et l’examen de gymnastique c’était dans une banlieue que nous ne connaissions peu. Il part donc par les transports en commun en sortant prends son téléphone portable pour s’en servir de GPS et là il se fait agresser frapper et on lui a volé son téléphone il s’est retrouvé dans un milieu inconnu et hostile.
Il a tout de même réussi à rentrer à la maison et l’a on est allé porter plainte au commissariat.
C’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase Q. ne sortait plus que pour les repas et de temps en temps se faisait des soirées poker chez un ami qui n’habite pas loin. Et il a un ami fidèle d’enfance qui venait le voir régulièrement.
Cet ami a eu le même problème scolaire et il avait trouvé une formation il a essayé d’entraîner Q. pour qu’il fasse le même cursus. Mais rien à faire.

Lors des repas son père lui donnait des conseils et lui disait qu’il ne pouvait pas vivre comme ça à nos crochets qu’il allait lui supprimer l’électricité dans la chambre etc… et Q. n’est plus venu dîner.
Je le voyais quand même un peu mais je ne lui faisait jamais de réflexions toujours emprisonnée dans mon problème.

J’avais un chat siamois que Q. avait tout de suite adopté et auquel il était très attaché il était toujours fourré avec Q.. Son chat de 16 ans s’est mis à être malade on l’a emmené chez le vétérinaire mais il avait une tumeur dans les poumons de la taille d’un pamplemousse on a essayé de traiter car c’était inopérable.
Il a donc fallu se résoudre à l’euthanasie j’avais préparé Q. du mieux que je pouvais. Il a voulu venir chez le vétérinaire on a assisté à tout jusqu’à son dernier souffle.

En rentrant à la maison Q. file droit dans sa chambre et j’entends un bruit terrible. Il avait renversé son living-room et casait tout dans sa chambre j’ai voulu le réconforter il m’a dit casse toi fous moi la paix.

Et là il s’est barricadé j’avais très peur qu’il fasse une grosse bêtise. Tout a continué ainsi.

Trois mois plus tard nous apprenons que son grand-père paternel a fait un AVC à 97 ans. Mon mari et moi descendons de paris jusqu’en Provence mais il s’avère que c’était un AVC massif.
Ma fille descend nous rejoindre Q. s’occupait de nos animaux (2 chats et une Chienne) nous rentrons à Paris et le surlendemain nous apprenons le décès de Pépé. Q. adorait son grand-père plus que tout au monde.
Nous sommes donc descendu en famille par le TGV. Q. ne se sentait pas bien dans la voiture il n’était pas sorti depuis si longtemps… ça lui tournait la tête il a assisté aux obsèques de son grand-père adoré.

Depuis il a coupé tous les ponts entre nous et aussi avec ses amis. On ne le voit plus du tout. L’été dernier il sort de sa chambre un soir blanc et tremblant et le disant j’ai mal dans la poitrine et mal à la tête ce ne va pas. Appelle ma soeur qu’elle vienne je téléphone donc à ma fille qui n’était pas ravie elle avait son gamin à s’occuper mais elle le laisse à son père et accompagné Q. aux urgences.
Cela faisait deux ans que je demandais à Q. d’aller faire une photo car il n’avait pas sa carte vitale. Du coup j’arrive à l’accompagner faire une photo je fais vite sa demande de carte vitale et je la reçois en quelques jours. Avec son accord je lui prend rendez-vous chez un généraliste.
Je l’accompagne sans entrer dans le cabinet médical il ressort en me disant il m’a prescrit une IRM nous nous arrêtons à la clinique et obtenons un rendez-vous très rapide j’y vais avec lui. Je reprends rendez-vous chez le médecin IRM normale mais toujours les mêmes symptômes. Donc il lui prescrit un scanner même chose que pour l’IRM le médecin lui prescrit donc dès antalgiques je dis viens on va à la pharmacie les prendre. Il me répond ce n’est pas la peine je ne les prendrais pas. Je lui ai dis le médecin ne t’as pas orienté vers quelqu’un je pense enfin j’imagine qu’il lui a parlé d’une thérapie. Il ne m’a pas répondu Depuis il s’est re-barricadé dans sa chambre.

Pour son anniversaire je lui prend une carte cadeau Amazon il l’a rejette. Pour noël deux semaines plus tard je lui reprend un autre bon et des teeshirts je les retrouve toujours emballés dans la remise.

J’ai oublié un autre fait ayant son importance je change d’opérateur et donc pour qu’il puisse récupérer son numéro il faut passer un appel pour avoir son code RIO je lui dis donc de faire la manipulation bien entendu il ne le fait pas…. résultats il se retrouve avec une nouvelle puce et un nouveau numéro de téléphone. Il n’a jamais utilisé sa carte SIM. Et le mois dernier j’ai trouvé son téléphone dans la remise complètement cassé….

depuis je l’ai revu une fois je me suis levée en pleine nuit pour aller chercher une banane la porte de la cuisine était fermée j’ouvre doucement il était en train de se préparer à manger. Je lui dis reste je prends juste une banane je l’ai prise et suis ressortie de la cuisine.

J’ai cru m’apercevoir aussi qu’il faisait tourner son linge la nuit. Par contre je n’entends plus la douche. Voilà toute notre histoire. Je suis désespérée j’en parle à ma psychiatre qui elle aussi est très inquiète…..
Voilà notre histoire cela fait 11 ans que cela dure et empire.

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4 thoughts on “Témoignage Minijem mère d’un hikikomori en stade avancé.”

  1. Votre histoire est poignante. C’est difficile de voir autant de souffrance. Vous qui combattez chaque jour et votre fils qui se renferme peu à peu. Je crois sincèrement que tout est possible. J’aime à croire que Dieu existe et qu’il nous aide fasse a nos souffrances alors je prierai pour vous et votre famille. Je prends peu à peu l’ampleur de cette solitude que vit un hikikomori. Courage à vous

    1. Merci du fond du cœur d’avoir pris le temps de lire et de me répondre. Je vous remercie pour votre empathie et votre gentillesse. Passez une belle journée. 💜😘

    2. Merci infiniment. Je ne souhaite à personne de vivre la même chose. J’ai essayé d’être la plus honnête possible. J’ai écrit ce témoignage car je m’y étais engagé sur le groupe facebook. Je l’ai écrit d’un seul trait sans me relire les mots qui me venaient du cœur . Après l’avoir écrit je l’ai envoyé à Ael qui avait eu là gentillesse de me lire. Puis sans le cacher sa très vive inquiétude a l’endroit de mon fils m’a encouragé à le publier sur le groupe FB et a demandé mon autorisation de le publier ici. J’ai fait un grand pas en avant et lui ai répondu oui. Encore merci de m’avoir lue et de m’encourager. Bon après-midi

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