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Témoignage Lucy/Nyuu

Bonjour,
Je m’appelle Lucy/Nyuu.

Qui je suis est une question très dure, car moi-même, je ne connais pas la réponse. Sûrement un condensé d’amour comme Nyuu et de haine comme Lucy. Je suis née le 31 janvier 1992.

Au sujet de mon enfance, j’ai du mal à penser à quelque chose de positif quand on a été un théâtre où chacun ne me faisait pas remarquer l’enjeu. Disons que j’ai été une enfant reine jusqu’à mes sept-huit ans. Ensuite, mes parents ont divorcé, je ne savais même pas que c’était possible à l’époque. Merci, Walt Disney, pour le plus gros mytho sur l’amour éternel. Depuis ce jour-là, j’ai dû agir en adulte. Ma mère avait vidé les fonds tandis que mon père travaillait pour éponger les dettes en faisant des heures supplémentaires. De moi-même, j’ai pris la responsabilité de faire les courses, le diner et de continuer mes cours au primaire. J’avais des responsabilités telles que de ne pas perdre les clefs de la maison, je me rappelle que cela m’avait stressée tellement, cette idée de ne pas pouvoir rentrer chez nous. Derrière, j’avais une liberté folle pour mon jeune âge, à 8 ans, j’invitais mes potes, je faisais des crêpes pour eux devant nos vieilles consoles où le multijoueur était encore en local. Si pendant les courses, j’avais envie du coca, je me le prenais. Tellement que je prenais de liberté, je ne prenais pas la liberté de faire mes devoirs. Bon, les profs s’en foutaient, car je conservais quand même de bonnes notes.

Puis d’enfant unique, je suis passé à 7 frères et sœurs, le changement a été brutal, trop brutal. Les adultes m’obligeaient à me remettre à ma place d’enfants, j’ai dû changer de collège. Les rivalités entre frère et sœurs ont été une découverte pour moi ainsi que la violence des mots et des humains. Ça s’est passé tellement mal que ma belle-mère me tapait. On en a parlé plus tard en disant que 7 enfants à gérer seule, cela l’avait fait vriller, mais, les dégâts sur moi sont là.

À mon nouveau collège, ma demi-sœur me faisait passer pour la fille a soucis qui faisait péter des câbles aux parents, le harcèlement avait commencé. Si bien que j’ai atterri chez ma mère, seule. Ma mère est bipolaire don des fois, c’est moi qui devais la lever et la motiver à m’amener au collège (d’ailleurs, c’était plus la même école, j’avais même réussi à être populaire dans celui-là).

L’arrivé de mon premier amour a tout éclaté, j’avais 14 ans et lui 18, avec un passé d’ancien dealer. Autant dire que mon père n’a pas apprécié l’idée, mais je crois que même si ça peut choquer la relation ado/adulte, c’est l’amour le plus pur que j’ai connu. (Sûrement aussi que malgré la haine que j’avais à cause que j’ai été battu, je tenais encore. Lucy n’était pas encore née, il n’y avait que Nyuu)

Mais il fallait se battre, se battre pour s’aimer, je n’avais jamais vu les choses comme ça. Inventer des mensonges pour se voir en inventant des heures supplémentaires au collège, des stratagèmes pour faire passer des lettres sous les portes d’entrée par nos amis, taper dans le radiateur (on était voisin dans notre malheur) pour se parler en morse… Jusqu’au soir où tout a basculé…

Je ne sais plus le jour, je savais que cela faisait 6 mois qu’on était ensemble. Après une énième entre mon premier amour et mon père, les choses se sont écroulées. Mon ex avait balancé la vérité de trop à mon père sur mon état en lui disant que sa fille n’en pouvait plus, qu’elle était mal avec lui et le suppliait de me ramener chez ma mère…

Mon père est carrément venu le voir, le ton est monté jusqu’à que mon père balance :
« J’ai l’autorité parentale, elle rentre chez moi, je la reprends et tu ne la verras plus. »

Je me rappelle d’avoir dissocié pendant cette dispute, je n’entendais même plus leurs paroles ni leurs cris, j’ai juste entendu cette phrase et là, un vide dans ma tête. Mon cerveau s’est arrêté, je sentais un truc monté sans que je puisse l’arrêter, quoi que ce soit. Ma belle-mère m’a juste pincé les joues en me sortant d’un ton moqueur : « Petite princesse ne verra plus son prince charmant, que c’est triste… »

Je n’ai rien prononcé, je me suis retourné et je les enchaîner à coup de poing, Lucy était née et je ne sais pas si je dois dire malheureusement ou heureusement, car elle fait ma force et ma défense bien que je n’aie aucun contrôle sur elle. J’ai frappé mes parents, me débattant, priant. J’avais la force nécessaire pour tenir deux adultes, moi, qui n’ai jamais tapé personne de ma vie, moi qui répondais toujours par la joue de gauche. Ma belle-mère était enceinte, j’ai failli tuer ma petite sœur, je suis rentré chez mon père, mais dès qu’il partait bosser, les coups recommençaient, et là, encore plus au vu de ce qui s’était passé. 

Sauf qu’un jour, ma mère devait venir me chercher pour un après-midi, ce jour-là, j’ai noté le numéro de mon 1er copain que ma belle-mère avait demandé à ma mère pour l’avoir avec moi. J’ai fait mine de me coiffer pour ne rien laisser paraitre. De toute manière, elle me hurlait dessus de tout faire pour que cela ne se voie pas ou ce sera pire. J’ai juste étalé mes cheveux, mais, je n’ai enlevé de ceux que ma belle-mère a arrachés. À la terrasse avec ma mère, je n’ai pas dit un mot, j’ai juste passé ma main dans les cheveux et j’ai tout posé sur la table dans un silence le plus glacial devant le regard de ma mère qui été pétrifier. Elle a appelé l’assistante sociale et je suis partie en foyer le soir même, sans rentrer chez mon père.

Arrivé au foyer, lors de mon premier repas, j’ai vu un enfant lancer un couteau sur un autre. J’ai vite compris que Nyuu ne pourrait pas survivre ici. Ma première crise d’angoisse est apparue, je me suis réveillée en sueur et en pleur en hurlant « Sauvez-le, il va le tuer… » Je ne savais pas que ce rêve signifiait au final ma propre mort intérieure. Au tribunal, quand on est passé devant le juge pour le placement, mon père m’a dit : « Tu n’es plus ma fille. »

À partir de ce jour, je savais que j’étais orpheline, je n’ai plus jamais rien demandé à mon père. Le lendemain, j’ai atterri en famille d’accueil, j’avais une chambre à moi, mais je n’avais plus mes amis, plus de sortie. J’avais juste une télé et une play donc je rentrais et je jouais. J’ai juste demandé à une fille qui était avec moi si je pouvais passer un coup de fil et j’ai appelé mon 1er copain ce soir-là, lui racontant les derniers jours. Depuis, on s’écrivait tout les 2 jours par la poste, des fois je claquais 5 euros pour la fille et elle me prêtait son téléphone pour les SMS. On a passé une année et demie à s’écrire sans cesse. 

Un jour, je suis parti en colonie de vacances, je l’avais choisi dans mon ancien département. Il a fait 5 heures de vélo en comptant l’aller-retour pour se voir au final juste 1 heure… Les adultes n’ont pas le droit blablabla, toujours cette interdiction d’être heureuse au final. Lucy n’avait pas réapparu, jusqu’à un soir où ma copine vient en panique, me regarde d’un air où elle n’a pas envie de me dire un truc, mais me tend le téléphone en me disant qu’il y a un message pour moi, elle ne l’avait pas ouvert, à mes yeux, elle avait compris le message…

Mes envies de suicides ont commencé, mon attraction pour la mort également, ce rêve que j’avais fait au foyer s’était donc réalisé. J’allais au lycée, le cœur triste. J’avais choisi le lycée dans mon département de naissance pour le voir au moment où je me suis dit je vais enfin pouvoir plus le voir bah, c’était fini… Malheureusement, j’étais aussi dans le même lycée que ma demi-sœur, le harcèlement recommençait… J’ai retrouvé avec les mêmes démons que je pensais supporter pour le voir… Un jour, en voulant reprendre mon bus, j’avais plus de sous pour une cigarette, mais, une envie de fumer de fou. Il n’y avait plus qu’à demander une clope avec ma timidité maladive. Je prends mes couilles à deux mains et je vais voir quelqu’un avec une cigarette pour lui demander. Il m’a dit qu’ils les avaient oubliés chez lui, mais ce n’est pas loin blablabla… Ouais bah, je me suis fait cueillir comme une chèvre avec la vieille technique de la camionnette. (Ça fait une semaine après ma rupture, décidément, ils choisissent tout le meilleur moment pour faire sa…) Une impasse sombre, un couteau que j’ai senti dans sa poche. Le même arrêt sur image lors de la dispute avec mon père et mon premier copain. Mon cerveau se coupe, je me rappelle juste que ses putains de mots doux comme bébé en me violant et en osant m’appeler comme ça.  (D’ailleurs, je n’ai plus jamais utilisé ce surnom dans mes relations amoureuses et si je l’entends, je pète un plomb et cela vaudra aussi pour le surnom « mon cœur », mais ça, ce sera plus tard). Le pire c’est qu’à la fin, il me file quand même la clope qu’il avait dans la poche. Je rentre, le trajet en bus est long, trop long, je ne dis bonjour à personne, je ne dis rien et j’évite tout le monde alors que d’habitude en rentrant, je parle à tout le monde et beaucoup de gens savent à quel point je suis bavarde.

On m’appelle pour manger, je fais celle qui n’entend pas. Ma famille d’accueil monte pour me dire « Maintenant, tu nous dis ce qui ne va pas, tu es ailleurs, tu fais peur, on dirait que tu es morte » d’un coup, il y a acte de présence, mais pas moi, je déballe le truc. Et ce que vous croyez qu’on m’a amenée porter plainte ou autre tant qu’il reste des traces ? Bien sûr que non… Pendant une semaine, je ne vais pas à l’école. Le week-end, je vais chez mon père, il remarque mon comportement. Mais, devant lui, je n’arrive pas à parler, ça bloque et je ne peux rien dire. (Il savait que je n’étais plus vierge, mais bon, entre l’homme que j’ai aimé super fort et un fils de chien, je me suis sentie salie) Ma belle-mère a attrapé une bouteille d’alcool, m’a mise à l’écart de tout le monde et m’a dit de boire. J’ai bu et l’alcool a parlé, j’ai pu le dire. Le soir même, mes parents m’ont emmené aux flics, mais c’était trop tard pour les traces. Mon violeur n’a jamais payé et je ne saurais jamais qui c’est, car mon cerveau a déconnecté.

J’ai juste eu un cachet contre le SIDA au cas où je l’avais, ils ont commencé le traitement de suite au cas où les résultats étaient positifs. Ces cachets me détruisaient, au bout de 2 semaines de calvaires, j’ai dit à ma famille d’accueil que je suis désolé, mais merde, je ne vais pas prendre ça à vie ! Alors bah j’ai dit que si j’avais le SIDA, je me suicidais, point barre. Je ne l’ai pas eu, mais suite à ce que j’ai dit, on m’a mise en hôpital de jour, j’ai grandi parmi les malades mentaux… 

Au moins, j’ai appris à avoir de l’empathie pour tout le monde (je vous assure que ce n’est pas un super pouvoir quand vous le portez c’est cool, si le monde était plus ouvert, mais là, à l’heure actuelle, à part être pris pour une bonne poire, vous n’y gagnez pas grand-chose). J’ai vite compris que je n’allais pas avoir de diplôme et que ça va être soit :

– Je reste en famille d’accueil jusqu’à 21 ans, OK et après ?

– Soit retour, chez les parents

– Soit je trouve un mec pour vivre avec.

J’ai vécu 2 avec un schizophrène jusqu’à qu’il arrête son traitement, tombe en démence et que j’appelle ma mère en urgence. Retour chez ma mère, mais c’est pire, pas le droit de sortir, des remarques sur ma vie, etc. Je rencontre mon futur ex-mari. Sa famille ne m’aime pas, bah oui la bimbo qui sort avec le gros, ça n’existe pas. On prend un appartement dans l’urgence, pris par la remarque de tout le monde. On se marie, à mon 1er mois de mariage, je tombe sur une lettre, je l’ouvre et ça disait qu’il a créé une nouvelle adresse mail… Hmmmm… Vous connaissez déjà la chute, une adresse mail juste pour parler et draguer son ex, faire des cams de cul avec… Vive la mariée comme on dit… À partir de ce moment, Lucy est réapparue, je n’avais plus d’espoir en rien ni en amour ni à l’homme ni à l’humanité… J’ai enchainé les plans cul sur plans cul, je suis tombée enceinte. Ma grossesse a aggravé ma dépression, mon corps que malgré ce qui m’apportait comme une merde est tombée en lambeaux j’ai pris 40 kilos. D’une taille 36, je suis passée à 48. Je me retrouvais avec un enfant.

Un soir, je suis sortie, j’ai rencontré des gars. On a parlé et on a rigolé si bien qu’on a fini chez eux à jouer de la guitare et tout. On a fini à l’aube avec un café dehors, mon ex-mari ne me voyant pas rentrer de la nuit, ne s’est même pas inquiété. Je suis rentrée et j’ai rompu. Et là, je suis tombé dans l’anorexie pour maigrir et retrouver mon corps d’avant. Je mangeais des bonbons, je fumais mes joints, ma vodka, toute la nuit jusqu’à me coucher au petit matin, je croisais ma fille juste à mon réveil, mais après, elle allait dormir. Très peu de temps après, mes scarifications augmentaient, mes colères étaient dévastatrices. J’ai juste cherché sur internet les symptômes et là, j’ai lu : trouble de personnalité borderline, qu’est ce que c’est cette merde.

Bah cette merde s’est avérée en vrai que j’ai 8 critères sur les 9. Puis, je rencontre mon 3e copain. Relation à distance fusionnelle, les adieux sont déchirants. En deux semaines, je me retrouve à habiter avec lui. Tout se passe bien, je m’occupe de ma fille, il l’accepte et l’élève, mieux que le père lui-même. Et en 8 mois, boum, je vais à un concert et il me quitte le lendemain. Retour chez ma mère avec cette fois, ma fille. C’est horrible, ta te soigner et si je ne fais pas comme elle le veut bah je suis une merde qui ne veut pas. Je me bats pour trouver un appartement, je recontacte le 3e, il joue avec moi. Un coup je reviens, je te baise et hop, j’en ai une autre et je te rebaise (bah tu m’aimes, je serais con pour ne pas en profiter) jusqu’à qu’on m’enlève ma fille. J’ai pris tous les médicaments qu’on m’a prescrits, je les avale, j’ai gagné une semaine de coma et un enfermement d’un mois contre mon gré. 

Je ressors avec un peu plus de courage, mais 2 mois après, je rencontre une personne qui veut me faire sortir. Bah OK, let’s go ! Mais je ne veux rien de cette personne et elle le comprend. Jusqu’à que je m’endors chez moi sur mon canapé, sur mon joint et qu’elle me viole pendant mon sommeil. 5 jours en état de choc, pourquoi vouloir sauver une personne du suicide pour lui faire vivre encore plus de traumatismes ? Je vais aux flics, montre les messages où j’ai dit non et le lendemain, je lui demande pourquoi il m’a fait ça. Classée sans suite et encore là, ma vie prend un tournant encore pire. 

Je me prostitue dans l’espoir de m’acheter un flingue et que cette fois, on ne m’en empêchera pas. Je crois que Dieu n’a pas fini de jouer avec sa marionnette. Je tombe amoureuse d’un client, je me sèvre de l’alcool, je revis, mais il reste enfoncé dans ses jeux… Jusqu’au jour où il lève la main sur moi et m’étrangle… Vous voulez rire ? J’ai tordu son pouce pour qu’il me lâche et je suis allé mettre des glaçons dessus alors qu’il essayait de me tuer… Quand je vous dis que l’empathie, ça vous rend con… Et depuis, je suis chez moi, anorexique devant mon pc à attendre que ma vie passe, je sais qu’un jour je passerais à l’acte… Mais je n’ai pas eu encore la goutte d’eau pour exploser le lavabo de mon impulsion… J’avoue que je n’ai pas envie de laisser une image traumatisante à certains, car je sais combien ça détruit les traumatismes. Depuis je noie mes journées sur mon jeu vidéo… Je n’ai que ça, je perds pour me faire démonter dans un jeu et non en vrai.

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