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Psychologie : Interview d’Alecto

Interview Alecto

Rin : Coucou Alecto, merci d’avoir accepté d’être interviewer. Donc, je résume, vous n’êtes pas hikikomori ni recluse sociale, que connaissez-vous des hikikomoris ? De ce que nous avons parlé, vous avez légèrement étudier le sujet, il y a quelques années, c’est cela ?

Alecto : Oui, j’ai abordé ce sujet durant mes études de psychologie (je suis titulaire d’un master en psychologie avec une spécialité en psychologie industrielle). Par la suite j’ai entendu parler de loin en loin des hikikomoris comme d’une pathologie touchant principalement les jeunes hommes japonais mais d’après ce que j’ai compris ce n’est plus, aujourd’hui, circonscrit à cette catégorie de gens.

Rin : En effet, les hikikomoris touchent également des femmes comme des hommes, de tout âge et de tout pays. Malheureusement, on ne qualifie que très rarement une jeune femme d’hikikomori parce qu’on la met dans la case de « femme au foyer ». Que pensez-vous de ce phénomène ?

Alecto : Je trouve que le concept même de « femme au foyer » devrait aujourd’hui avoir disparu de notre vocabulaire. Non pas parce que la « femme au foyer » n’existe plus mais parce que cela renvoie a une vision patriarcale de la société (ou c’est le rôle de la femme seule de s’occuper des enfants et du foyer). Ceci étant dit je trouve que nier l’existence des hikikomoris féminins sous couvert de « femme au foyer » est une manière un peu pratique de cacher un problème qui fait potentiellement souffrir pas mal de femmes en niant leur problème pour, comme souvent, le reléguer a celui d’un caprice.

Rin : Malheureusement, c’est toujours un sujet tabou comme le fait d’un homme qui se fait violer. Pour ceux qui ne le savent pas et pour vous éclairez sur ce que vous ne pourriez pas connaître. Pour le ministère japonais, quelqu’un qui est hikikomori est en retrait de la société depuis plus de 6 mois, ne sort que par obligation, des tendances à éviter les relations sociales, Des symptômes de dysfonctionnement sociaux liés à l’enfermement (difficultés à parler, peur de l’extérieur, angoisses face aux étrangers…) Je ne vais pas tout répéter mais, c’est un « grosso modo ». Vous connaissez donc une hikikomori voir peut-être plusieurs, que pensez-vous d’eux, voyez-vous-en eux comme des « poids pour la société » ? En parlant en général des hikikomoris mais également, des reclus sociaux.

Alecto : Je réfute toute idée de « poids pour la société » et ce quel que soit le domaine. En tant que société évoluée et riche il est de notre devoir d’être à côté de ceux qui ne trouvent pas leur place parmi les modèles proposés. Si nous laissons sur le bord du chemin ceux qui souffrent au simple prétexte qu’ils ne sont pas des membres « actifs et productifs » alors nous ne sommes pas digne de notre humanité. Il y a une chose qu’il faut bien comprendre, un hikikomori ou même quelqu’un qui souffre d’une phobie sociale n’a pas choisi sa situation et le plus souvent souffre de celle-ci et ce à plusieurs chefs. Ils sont malades, au même titre qu’un malade du cancer ou du diabète, accepterions-nous que l’on laisse de côté un cancéreux au prétexte qu’il est « un poids pour la société » ? Il est temps d’en finir avec cette vieille idée comme quoi un peu de volonté suffit à surpasser les problèmes psychologiques et que « si on veut on peut ».

Rin : C’est quelque chose de très profond que vous racontez, vous savez, peu de personnes considèrent un hikikomori comme quelqu’un de malade mais, plutôt comme un « jeune accro à internet et jouant aux jeux vidéos toute la journée. », un jeune qui a volontairement fait un décrochage scolaire pour jouer aux jeux. On parle même d’une addiction comme être accro à l’alcool, jeu d’argent, etc…. Est-ce que vous pensez que les hikis et reclus sont différents ou similaire de cette catégorie ?

Alecto : Je n’ai pas étudié le sujet assez en profondeur pour me prononcer autrement que en parlant de mes impression et de mon ressenti mais il me semble que le parallèle avec l’addiction n’est pas erroné. Par contre je m’inscrit totalement en faux en ce qui concerne le sens volontaire du décrochage ou de l’isolement. Dans le cas d’un isolement, d’une reclusion, bref dans le cas de tout ce qui nous amène a nous couper de la société la raison la plus courante est que la société est perçue (a cause d’expériences antérieures le plus souvent) comme un corps hostile et dangereux. Aux yeux d’un hikikomori ou d’un reclus le monde extérieur est une sorte de jungle dans lequel les dangers perçus et la difficulté à trouver sa place sont générateur de souffrance. C’est pour cela que je pense que le parallèle avec les personnes souffrant de dépendances est cohérent car ce sont des comportements dictés par un réflexe interne difficile a contrôler. Par contre je ne pense pas qu’il y ait de lien avéré entre la réclusion et les addictions en tant que tel, on ne devient pas hikikomori car on veut rester chez soi pour jouer aux jeux vidéos ou regarder des animés sur Netflix.

Rin : Que pensez-vous des relations virtuelles ? Ce que je veux dire par là, Tout ce monde se créer une « bulle » de confort et leurs seules façons d’exister est le biais d’internet. Est-ce que nous pouvons dire réellement que c’est une relation sociale ? Quel est votre point de vue ?

Alecto : Une relation interpersonnelle est la création et l’entretien d’un lien entre deux (ou plus) individus. Pour ma part je ne vois pas vraiment en quoi un lien uniquement virtuel ne serait pas aussi fort et épanouissant qu’un lien en face à face. D’ailleurs je m’oppose à l’utilisation de termes comme « relation virtuelle » car l’usage du mot « virtuel » implique l’idée que cette relation ne serait pas « vraie » hors je connais de très très nombreux exemples ou ces relations virtuelles sont tout aussi « vraie » ou intenses qu’une relation vécue par des personnes se rencontrant en face à face. C’est un médium différent mais pas moins « vrai ».

Rin : Avant de se stopper, auriez-vous quelques paroles à dire pour un/une hikikomori, reclus(es) sociales ?

Alecto : N’ayez pas honte. Vous n’êtes pas des citoyens de seconde zone, vous n’avez pas a vous laisser imposer un modèle de vie qui ne vous convient pas par des gens qui ne vous comprennent pas. Vous avez le droit d’exister et de chercher le bonheur et ce n’est pas parceque votre bonheur n’est pas celui vendu par la société et la plupart des gens qu’il est moins digne d’être recherché et vécu. Il y a un siècle on considérait les non européens comme des sous hommes, il y a encore cinquante ans l’homosexualité était condamnée pénalement, mais cela a changé, pour vous aussi la reconnaissance viendra. Peut être moins vite que vous le désirez mais ne sous estimez pas la capacité qu’a le monde à changer et s’adapter. Courage. Vous avez plus d’alliés dans ces combats que vous ne le pensez.

Rin : Je vous remercie d’avoir répondu à toutes nos questions. Toute l’équipe de l’association d’Hikikomori France vous souhaite le meilleur pour l’avenir et encore une fois, merci. Je vous souhaite une bonne journée. En espérant que les quelques mots d’Alecto puissent vous inspirez et vous aidez.

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