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Interview d’une maman face à sa fille hikikomori

Interview maman Rin

Rin : Coucou Pépite, c’est un surnom que vous souhaitez prendre afin de rester anonyme. Vous avez vécu avec une hikikomori depuis sa tendre enfance, comment cela s’est passé ?

Pépite :  Disons que je ne connaissais pas le terme, que ce n’était pas évident pour moi car ma fille restait tout le temps enfermé. C’est par après quand elle a connu Ael et son groupe, qu’elle m’a parlé du terme Hikikomori. C’est vrai qu’elle se réfugiait souvent sur son ordinateur et que je pensais assez mal qu’elle passe la plupart de son temps sur Internet. Je me demandais pourquoi qu’elle n’avait pas d’amis réels et qu’elle préférait rester enfermée. Elle en avait des amis mais virtuels et je ne comprenais pas pourquoi elle ne se dirigeait pas vers des amis plutôt réels. Quand je lui posais des questions, elle ne me répondait pas, elle se braquait et je me braquais. Je me suis demandée pourquoi elle avait fugué, pourquoi elle agissait comme cela avec moi.

Rin : Vous parlez d’amis virtuels, donc vous ne considérez pas une relation « virtuelle » comme une vrai relation ?

Pépite :  Non, pour moi, un ami virtuel n’est pas la même chose qu’un ami réel. On n’a pas le même contact et on ne sait pas parler de la même façon avec quelqu’un de virtuel. Pas la même façon que quelqu’un devant toi. Enfin moi, je suis dans l’ancien temps !

Rin : Ce n’est pas comme prendre le téléphone et appelez votre ami pour vous ?

Pépite : Non, il n’y a rien de réel dedans.

Rin : Oui, mais il existe de nombreux logiciels qui permettent d’écrire et de se « téléphoner ». Ce ne serait toujours pas la même chose pour vous ?

Pépite : Si tu sais téléphoner à la personne par internet, c’est la même chose. C’est un contact plus réel dans ce cas-là.

Rin : Et maintenant ? Le fait de savoir que ses amis virtuels l’ont sauvé et qu’elle a même rencontré son compagnon par ce biais de cette relation virtuelle, vous en pensez quoi ?

Pépite : Que c’est bien pour elle et que je remercie ses amis de l’avoir sauvé. Moi, je ne comprends pas très bien comment on peut faire autant confiance à des amis virtuels. Et pourtant, j’en ai quelques un, surtout une amie qui m’est chère. Ma fille a eu de la chance de rencontrer son compagnon par ce biais, moi je ne suis pas très à l’aise avec tout cela, donc ce n’est pas évident.

Rin : Donc vous n’êtes pas totalement en « froid » par une relation virtuelle comme, vous avez-vous aussi des amis virtuels.

Pépite : Non mais, en premier lieu, je ne me dirigerais pas vers un ami virtuel. Cela s’est fait naturellement. C’est parce que je m’étais mise sur un groupe pour des personnes seules que j’ai rencontré mon amie.

Rin : Comment avez-vous vécu son enfermement ? Le fait qu’elle ne vous parlait pas beaucoup, le fait qu’elle restait dans son coin, dans son mal-être ?

Pépite :  Bah…Je…. Cela me rendait triste, pour moi, elle n’avait pas confiance en moi et j’avais l’impression qu’elle me rejetait. (Elle a été adoptée) Le manque de confiance m’a fait le plus de mal. C’est vrai que suite à cela on n’a jamais eu beaucoup de conversation comme elle se renfermait souvent dans son coin. On a eu de nombreuses disputes

Rin : Maintenant, elle vous a avoué ce qui s’est réellement passé. Une fois majeur et 5 ans après ses tortures, maltraitances et ses viols, comment avez-vous réagi ? Quels ont été vos ressentis à ce moment-là ?

Pépite : Bah, cela m’a fait de la peine qu’elle ne m’a pas fait confiance. Et cela me poursuit tous les jours car je n’ai rien vu. Encore la nuit dernière, je rêvais comment je pouvais la venger.

Rin : Si ses tortionnaires étaient devant vous, que leurs diriez-vous, que ferez-vous ?

Pépite : Je leurs plante un couteau dans le ventre. Et je donne des coups de pieds pour l’achever plus vite… Non même pas, je leurs ferais souffrir comme ils ont fait souffrir ma fille.

Rin : Maintenant, vous comprenez son renfermement ?

Pépite : Oui, cela m’a ouvert les yeux. Et je suis toujours triste qu’elle ne m’en a jamais parlé et j’avais l’impression qu’elle ne me faisait pas confiance. Mais ils l’avaient menacé….

Rin : Que lui souhaitez-vous, maintenant ? Si votre fille serait devant vous, là, tout de suite, que lui diriez-vous ?

Pépite : Que je souhaiterais qu’elle me fasse plus confiance, qu’elle sait que je suis là. Qu’elle ne me cache plus rien même si on la menace car je la protégerais, après tout,c ‘est le boulot d’une maman.

Rin : Avant, vous me disiez que vous pensez que votre fille était une accro aux jeux vidéos au même terme qu’être accro à l’alcool ou jeu d’argent. Est-ce que pour vous, hikikomori et être accro, est la même chose ?

Pépite :  Non, plus maintenant. J’ai compris que pour un hikikomori c’est sa façon de s’évader tout en restant dans cette bulle qu’ils se sont faites.

Rin : En France, et pour la plupart des personnes, ils voient un hikikomori comme une personne jeune qui fait un décrochage scolaire pour jouer qu’aux jeux vidéos. Pensez-vous qu’on devrait changer la vision des choses ?

Pépite :  Oui.

Rin : Qu’aimeriez vous, à l’avenir, pour tous les hikikomoris et reclus sociaux.

Pépite : Que cela soit reconnu comme une maladie.

Rin : Avant de se stopper, auriez-vous quelques paroles à dire pour un/une hikikomori, reclus(es) sociales ?

Pépite : Qu’ils essayent à mieux faire comprendre ce que c’est vraiment. Qu’ils arrivent à parler aux personnes proches de ce qui s’est passé. J’ai toujours du mal à comprendre et j’aimerais vraiment me renseigner sur eux afin d’aider ma fille et mon gendre. Alors je souhaiterais, si vous y arrivez, d’en parler et de nous informer.

Rin : Je vous remercie d’avoir répondu à toutes nos questions et pour votre courage pour cet interview. Ainsi que d’avoir parlé de votre passé comme vous l’avez fait. Toute l’équipe de l’association d’Hikikomori France vous souhaite le meilleur pour l’avenir et encore une fois, merci. Je vous souhaite une bonne journée.

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1 thought on “Interview d’une maman face à sa fille hikikomori”

  1. Bonsoir Pépite, merci pour votre témoignage qui va aider beaucoup de parents et amis.
    J’ai vécu un peu le renfermement comme votre fille sans pouvoir en parler à ma mère et ce que je voudrais vous dire que ce n’est pas 1 manque de confiance envers vous mais juste la honte personnelle qu’on ressent à ce moment-là qui nous plonge dans le silence et l’isolement donc surtout ne vous croyez pas que vous n’êtes pas 1 personne de confiance c’est pas lié à ça croyez moi !

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