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Témoignage Aude (2ème partie)

Soir’ tout le monde !

Y’a pas longtemps j’ai vu cette phrase : « Les gens n’aiment de vous que ce que vous voulez bien leur montrer » ou un truc du genre. Alors je me suis dis pourquoi ne pas faire une description de ma petite personne un peu plus détaillée ? Pourquoi pas en effet, ça fait au moins deux bonnes heures que je retournes ça dans mon esprit. Allez, ça ne sera qu’un écrit parmi tant d’autres.
Je ne vous souhaite pas vraiment bonne lecture du coup, pas de panique, vous n’êtes même pas obligé de lire ce long pavé hé ! Mais bonne soirée quand même ! Et merci, si vous l’avez fait 

On ne peut pas dire que ça ait commencé mal, c’est même une belle histoire au fond. Bébé éprouvette, attendue et désirée. Enfin, dans l’idée en ce qui concerne ma mère. Je n’étais pas son premier, mais en vie si. À peine 6 mois après ma naissance dans le sud, on me remonte (mon père désireux se rapprocher de sa famille après un mariage à la nation consommé bien trop longtemps) dans l’est de la France, coin paumé et déprimant. Quelques mois plus tard, du haut de mes deux petites années (à peu près), simple petite gastro non soignée par le médecin, ce qui me vaut un aller direct en pédiatrie, perfusion et ré-hydratation.
C’est également à ce moment là (le couple de mes parents battant quelque peu de l’aile) que ma mère menace de divorcer, mais se ravise bien vite en apprenant qu’elle n’en retirerai que dalle. Les années passent, insouciantes, avec cette fâcheuse tendance à attraper le moindre parasite capillaire (des poux donc…) étant de nature casse-cou (et casse-couilles aussi, mais ça n’a que très peu changé), je me retrouve un jour avec la boule à zéro. À partir de ce jour, je deviendrais à jamais la fille « chelou », que les garçons évite, que les filles juge et moque.
Se développe alors mon imagination, les heures seule entourée de livres, des feuilles et de crayons, de tout ce qui pouvaient être manipulable pour créer. Même mes murs y passe ! Ah ! J’avais oublié un détails. J’ai sept ans, et depuis mes six mois je suis élevée à un peu plus d’un mi-temps par des nourrices, quelques heures par semaines jusqu’à mes quatre ans par les apprentis dans le restaurant où travaillait ma mère, et un lundi sur deux par mon père. Le week-end il dort pour se reposer (il bosse à la semaine), elle s’occupe de la maison, parfois je bricole avec lui ou il m’emmène au bar, toute mon enfance. Bref, j’ai sept ans, et j’ai de vieux voisins. J’aime bien aller chez eux, il me laisse m’occuper de ses petits lapins, elle me fait de la purée maison (que j’adore, ma mère cuisinant très peu, si peu qu’un jour elle fit cramer la cuisine, véritablement (je me souviendrait d’ailleurs toujours de mon père m’emmenant dehors dans la neige et repartir éteindre le feu)) et jouaient avec moi. Ces petits lapins, que j’aimerais tellement avoir moi aussi.
« Tu en auras un si tu veux, mais seulement si tu reste sage et ne dis rien ». Me dit-il alors que j’étais assise sur ses genoux dans la paille, sa main sur ma taille, l’autre sur mes cuisses. Il touche ma peau, mon ventre, remontre ma poitrine inexistante, puis je prends peur et je m’en vais. Je n’irai plus jamais, au grand jamais.

La même année je rencontre une fille, et un nouveau garçon. On s’entend bien, très bien même. TRES très bien avec mon amie.

J’ai dix ans, et me voilà femme. Règles et tout le bazar. La première fois je panique, cours vers mon père, mais il ne sais pas me dire. « Va voir ta mère ». Je ne pourrais pas l’en blâmer, son enfance n’a pas été la plus rose, et son éducation militaire, mais juste. Toujours le geste pour réconforter, pour féliciter, enfin plus maintenant. J’ai grandi.
Je découvre l’amour, avec cette fille, et comment c’est que de montrer que l’on aime quelqu’un. Je sais que je suis jeune, mais c’est beau. Je me découvre, mes goûts se prononce, j’aime le style rock, quoi qu’un peu gothique, je commence à me maquiller en cachette, je suis différente des autres, j’ai douze ans. Mon amie déménage, ça fais mal, mais j’ai quelques amis, alors ça va. Mon père et celui d’une fille ont l’habitude de s’échanger des blagues d’humour noir par notre intermédiaire, et c’est là que ça merde. Un jour pas fait comme un autre, quelqu’un nous entend. On m’attire à la sortie du collège (déjà plusieurs années que je rentre seule le soir, ma mère à la maison, c’est fatiguant de marcher 20 minutes) et on me tabasse, on film, on rigole. On, ce sont mes fameux amis. Je rentre en pleur, bien trop tard, comme une tornade. Ma mère porte plainte, mais d’après le rapport, je ne suis qu’un monstre raciste, et ils regrettent d’avoir fait ça. Alors mon père pète un plomb, et je change de collège. Jusqu’au brevet, où je retombe sur ces personnes, et là ça vrille. Choc psychologique, maladie auto-immune déclarée, je fume, je bois aussi. Enfin à l’occasion, mais je commence à transgresser les règles. Me voilà déscolarisée pour un an, ma première année hikki, sans le savoir. Pour les fêtes de fin d’année, on va rendre visite à un vieux frère d’arme qu’il n’avait pas vu depuis l’armée. Il me coince dans les escaliers dans la nuit et me roule une pelle de force, sa chienne au pied. « Si tu te manifeste, elle est très bien dressée ». Alors je monte me coucher, la tête enfouie dans l’oreiller, je hurle en silence. Les larmes coulent, furieuse, ça me rappel quelque chose. J’ai seize ans, et je me renferme sur moi-même, perds 10kg en moins d’un mois. Les dix autres s’envoleront l’année suivante. L’été arrive, je suis inscrite pour la rentrée dans un lycée pro, alors pour fêter ça, mon père veut revoir son ami.
La piscine est bondée, mais ça n’empêche pas cet homme de glisser sa main entre mes cuisses, de me serrer contre lui, jusqu’à ce qu’une fois de plus je m’échappe.


Mes années lycées sont rythmées par la fatigue intense due à la maladie, ce qui signifie que le peu d’amis que je réussi à me faire finissent par me tourner le dos à cause des absences répétées etc. Je rencontre des hommes, je me fais humilier, je bois, je fume, de plus en plus de cannabis. Toujours ces foutus hurlement silencieux, s’ajoutant des terreurs nocturnes, et des insomnies. Mais avec moi j’ai mon meilleur ami rencontré dans mon premier lycée pro, il est comme mon frère. Et Axel. Surtout Axel. En fait je l’aime, je crois. C’est intense, c’est intime, c’est fun, c’est rassurant. Axel, c’est un homme plus âgé que j’ai rencontré sur internet, il habite sur Paris, mais on se fait souvent des cam, des tas de messages, et d’appels. Puis je ne sais pas pourquoi, ça éclate. La fierté sûrement, il en a bavé lui aussi. On reste stupidement sur nos positions, alors c’est fini. Je fais quelques job à droite à gauche, en stage allongé le plus souvent.


Puis je vrille définitivement, je ne supporte plus le monde extérieur, les gens, le quotidien, moi-même. Mes marques d’auto-mutilation sont de plus en plus nombreuses (ai-je précisé qu’elles se multiplient depuis le collège?), et je tente une dernière fois d’en finir. On m’envoie une énième fois voir un psy, qui me dit qu’il existe une solution : une maison de repos. Je signe les papiers, mais j’ai été flouée, me voilà internée. Je reprends un peu de poids, mais me vide intérieurement. Pas le droit de rire. Le jour de mon arrivée dans cette aile psychiatrique, j’apprends le décès de mon oncle, ce qui n’arrange rien. J’apprends de mieux en mieux à faire semblant, je souris, y fête ma majorité, puis enfin la liberté. Je sors de là, et reprends sur le même rythme qu’avant mon entrée dans cet enfer.


J’ai vingt ans, et je dois faire un choix. Ma santé et les soins allant avec, ou les factures à payer. Ce sera les factures, pour que ma famille vive dignement. Je reviens vers Axel, il s’était passé une bonne année, et je m’excuse, lui aussi. Ça reprend, mais nous sommes simplement ami, enfin en apparence, à vrai dire je suis perdue nous concernant. Mon grand-père, toute ma vie avec ma grand mère nous quitte, le temps se suspend. Et puis je rencontre un homme, il me charme, me manipule, je pars le rejoindre en suisse. Peut-être la vie sera-t-elle mieux là-bas ? Pas vraiment, il s’avère être un pervers manipulateur. Ma santé en prend un sacré coup, et je bois, encore et toujours plus. Entre les soirées au pub, les concerts, l’alcool devient ma source de nutrition première. Je perds définitivement Axel, ça fait mal, pour de bon. Il est temps que tout s’arrête, alors je rentre en France, une bonne fois pour toute et rompt tout contacts avec cet homme qui devient de plus en plus violent. Il me harcèle, me menace, mais qu’à cela ne tienne, plus aucun hommes n’aura autant de place dans ma vie.
De retour en France, je me pose, et reprends ma reclusion. Ma santé ne me permets pas de travailler, mais paradoxalement j’ai besoin de travailler pour me soigner.

Puis un nouvel homme. Il paraît différent, droit, et honnête. Si j’avais su. Pour la première fois, j’ose réellement faire confiance, il fait des promesses, que je crois, pour finalement se retirer, et c’est la déchéance. Je suis tellement vide que je n’ose plus protester, il fut celui de trop. Pas écoutée, me voilà soumise, engueulade après engueulade, arrive des relations sexuelles non consenties, ou à sens unique. Puis il s’en va, je suis la méchante, parce que j’osais une bonne fois pour toute dire non. J’ai 22 ans. Jeune et vielle, faisant tampon entre des parents au bord de l’homicide conjugale, supportant une mère profiteuse qui n’a jamais réellement eut d’instinct maternel, voyant son père tenté de tout foutre en l’air.
Au point mort d’une vie que très peu exaltante, mais qui survie au fond, parce qu’on sait jamais, demain est un autre jour.

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