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Interview et témoignage de Shu

Shu

Rin : Bonjour Shu, merci d’avoir accepté de témoigner et d’être interviewé. Est-ce que tu connais le terme d’hikikomori ? Est-ce que tu te définirais comme un hikikomori ?

Shu : Non, pas du tout. J’ai connu le terme d’hikikomori quand j’ai rencontré deux personnes qui le sont et m’ont expliqué le terme. Oui, je me définirais comme un hikikomori comme je ne sors que pour mes besoins et pour m’aérer l’esprit. Je sors quand il y a toujours peu de monde car je ne me sens pas en sécurité.

Rin : As-tu des amis dans le domaine de la vie réelle ? Est-ce que tu préfère éviter ces contacts IRL (In Real Life).

Shu : Oui, j’en ai des amis réels. Mais, déjà, je ne me sens pas du même monde avec eux. Ils ne me comprennent pas et ils me forcent pour sortir et passer du temps avec eux. Je préfère éviter les contacts IRL.

Rin : Qu’est-ce qui t’a poussé à cette réclusion sociale ? As-tu plusieurs facteurs qui t’ont fait devenir hikikomori.

Shu : Je dirais qu’il y a au moins trois ou quatre facteurs qui m’ont fait devenir reclus. Je peux même vous les énumérer du plus vieux au plus récents.

Rin : Et donc ces facteurs-là, est-ce qu’on peut définir la nature ? Bien sûr, vous n’avez pas l’obligation de répondre si vous préférez garder certaines choses privées.

Shu : J’étais très petit, cela devait être quand j’avais trois ou quatre ans. Je me rappelle de très violentes disputes et cela partait vraiment très loin. Des assiettes et des bouteilles d’alcools volaient à travers la pièce et mon père était toujours ivre. Après, j’ai vécu le divorce de mes parents qui n’étaient pas très beau, entre mon premier beau père qui me frappait. Il ne m’aimait pas et ma mère qui faisait pareil sans réellement savoir pourquoi.

 

J’étais perturbé et j’étais donc un cancre à l’école. Du coup, je déversais ma haine à travers de conneries et je tapais des gens quand je le pouvais. Ce n’était pas une réelle envie mais, plutôt un besoin de le faire. Oui, je n’étais pas tendre à l’école.

 

Vers mon neuvième anniversaire, mon père qui était sous l’effet de l’alcool je pense. Pendant une année entière, il m’a attouché sexuellement et cela allait petit à petit de plus en plus loin jusqu’au viol. C’est réellement à ce moment là que tout est parti en couille en moi. Je me suis réfugié dans la nourriture, tout ce que je pouvais manger, je le faisais. Je me sentais vide, je me sentais « crever ».

 

Mes parents ne me comprenaient pas et ma mère a décidé d’appeler les services sociaux car j’avais dit que je voulais partir. Et je suis parti de foyer en foyer pendant quatre ans jusqu’à la cinquième année où les services m’ont lâché. J’en ai voulu à mes parents de cette décision.

 

Du coup, quand je suis rentré, c’est à ce moment-là que j’ai décidé de me cloîtrer chez moi car j’avais peur du monde extérieur. Nous avions déménagé donc, j’avais le deuxième étage qui était ma chambre et je ne suis plus sorti de chez moi pendant deux longues années et ma mère ne comprenait rien. Elle pensait que j’étais juste un fainéant qui profitait de son hospitalité.

Rin : Cette réclusion sociale est-ce un choix ou non ?

Shu : Ce n’est pas réellement un choix, on me l’a petit à petit imposé par rapport à tout ce que j’avais vécu. J’avais tellement peur que j’aie décidé de rester à la maison, dans ma chambre où je me sentais en sécurité. 

Rin : A l’heure actuelle, après ces deux années d’enfermement, pensez-vous souffrir d’anxiété sociale ou autre problème psychologique ?

Shu : Non, pas réellement, mais, c’est surtout grâce à Internet.

Rin : Et pourquoi me dites-vous cela ?

Shu : S’il n’y avait pas eu Internet et surtout, le social via Internet, je serais devenu littéralement fou.

Rin : Malgré votre isolement social, vous avez gardé à cœur de garder un contact social via Internet pour survivre. Pouvons-nous le voir ainsi ?

Shu : Oui et c’est une chance car sinon, je ne sais pas dans quel état je serais maintenant.

Rin : Pensez-vous que vous devrez aller plus loin dans l’isolement ?

Shu : Non, pas réellement. Ma condition me convient actuellement. Ce que j’aimerais, c’est que mes proches arrivent à me comprendre et comprendre ma situation. Pour eux, c’est juste que je ne veux pas travailler.

Rin : Donc pour vous, Internet est un réel lieu de vie qui vous permet de garder une stabilité dans votre vie. Que pensez-vous des psys qui pensent qu’Internet et les jeux vidéo rendent accro, qu’ils sont des addictions aux même titre qu’être addict d’alcool ou de jeux d’argent.

Shu : Je dirais qu’il y a une partie vraie et fausse, c’est du 50 – 50. Internet n’est pas que du jeu ni addiction, oui les jeux vidéo peuvent rendre accro mais pas Internet. Ce dernier est une énorme plateforme sociale. C’est comme boire de l’alcool, tu peux tomber dans l’addiction comme rester raisonnable. Je dirais que les jeux vidéo et Internet, c’est pareil.

Rin : Êtes-vous devenu accro ?

Shu : Non, c’est plutôt un outil qui m’a aidé, qui m’a soutenu tout simplement. J’aime jouer aux jeux vidéo, j’aime Internet car c’est ma seule porte de sortie où je peux m’évader tout en restant en sécurité, chez moi.

Rin : Concernant la famille que tu as actuellement, que pensent-ils de ta situation ?

Shu : Ma famille se constitue d’un père et de mon petit frère.

Mon père actuel, même s’il ne dit rien, je sais très bien que cela le ronge. Il aimerait que je trouve un travail, que je gagne plus d’argent et que je puisse vivre normalement. Tout comme mon petit frère qui ne dit rien mais, c’est pareil, il voudrait que je montre l’exemple.

Rin : Pour préciser pour tout le monde, quand vous parler de votre père actuel, c’est bien votre deuxième beau-père ?

Shu : Oui, c’est bien cela. Mon père biologique est décédé.

Rin : En parlant de ce dernier, si votre père avait été encore en vie, qu’aimeriez-vous lui dire, maintenant ?

Shu : J’aimerais qu’il me voie à l’heure actuelle. Le confronter de ce qu’il m’a fait subir et de comment je vis à cause de lui. Mais, malgré tout cela, je lui pardonne.

Rin : C’est ce qui fait de vous une personne bien meilleure de ce qu’a été votre père. En ce qui concerne tout ces problèmes de viols qui vous a arrivé. Avez-vous pu en parler à quelqu’un ?

Shu : Oui, j’en ai parlé en premier à ma mère, elle a pété un câble tout comme mon père actuel avec qui je vis. Juridiquement, ils ne peuvent plus rien faire mais ils ont tous les deux imploser.

Rin : Et malgré tout cela, ils n’arrivent pas à comprendre l’isolement que vous avez subi ?

Shu : C’est cela.

Rin : Connaissez-vous la raison du fait qu’ils ne comprennent pas ce que vous vivez, votre besoin d’isolement ?

Shu : Parce qu’eux ne l’ont pas vécu. Ils ont eu une ligne directrice assez stricte et ils ont eu des parents stables qui leurs ont permis de rester eux-mêmes stable. De ne pas subir ce que j’ai subis. Du coup, ils ne comprennent pas ce que j’ai ressenti, ce que je ressens.

Rin : Comment vous vous en sortez actuellement, en parlant bien entendu de revenus.

Shu : J’ai fait une demande d’AAH, j’ai été voir un psychologue ainsi qu’un médecin et ils ont vu que j’avais des séquelles psychologiques ainsi que des séquelles physiques car j’ai eu un accident de travail. Je vis actuellement avec l’AAH et les ressources de mon père actuel, on met nos ressources en commun.

Rin : Et comment occupez-vous de vos journées donc ?

Shu : Je vis en décalé, je vis la nuit et je dors le jour. Et quand je me lève, je suis la plupart du temps avec mon ordinateur. Le seul contact avec eux, c’est quand je mange avec eux et quand mon père ou mon frère viennent me voir dans la pièce où je vis.

Rin : Quels sont vos vœux d’avenir, comment voyez-vous l’avenir ?

Shu : Je vous avoue que j’y pense tout le temps. Et j’arrive toujours à la même conclusion, je ne sais pas de quoi ce sera fait le lendemain. Bah cela me fait peur et d’un côté, je suis optimiste, il y a un mélange des deux.

Rin : Et pour finir, ce n’est pas anodin dans notre société actuelle qu’un homme avoue d’avoir été victime de violences sexuelles. Auriez-vous un mot à dire à tous les survivant(es) de violences ?

Shu : Bien sûr ! Je leurs dirais ceci : « Même si cela fait très mal, il faut vous trouvez une personne qui est proche de vous, un confident. Une personne qui ne vous jugera pas quand vous lui direz et viderez votre sac. Et une fois, cela fait, vous vivrez un peu mieux malgré ce que vous avez subis. Car si vous ne le faites pas, vous allez devenir fou petit à petit. »

Rin : Eh bien, je vous remercie d’avoir répondu à toutes nos questions et pour votre courage pour cet interview. Ainsi que d’avoir parlé de votre passé comme vous l’avez fait. Toute l’équipe de l’association d’Hikikomori France vous souhaite le meilleur pour l’avenir et encore une fois, merci.

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1 thought on “Interview et témoignage de Shu”

  1. Ouah quel courage Shu !!!
    Content que tu t’en sois sorti aussi bien et n’ai pas peur pour l’avenir car tu as déjà fait le + dur ! Tu es un rescapé des temps modernes bravo pour ton exemple tu m’impressionnes ! Bonne continuation vu comme c parti faut rien lâcher pour toi et pour l’exemple que tu peux être pour d’autres qui n’en sont pas là où tu en es aujourd’hui

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